La Batterie a vu le jour au début du siècle. Les principaux éléments qui la composent (Grosse Caisse, Caisse Claire, Cymbales,...) existaient déjà au sein des orchestres classiques et des fanfares militaires. L'apparition de la Batterie est directement liée à la naissance du Jazz, ainsi qu'aux différentes évolutions technologiques du début du siècle.
"La batterie de jazz est l'héritière d'un passé ancestral où peau, bois et métal revêtent une perspective symbolique en rapport avec toutes les religions du monde. Elle porte aussi le poids des souffrances d'un peuple - le peuple noir - martyrisé pendant des générations et des générations. Alors que ses composantes sont, à sa naissance, d'origine étrangère - la grosse caisse et la caisse claire proviennent d'Europe, les cymbales de Turquie et de Chine, les toms de Chine, d'Afrique et des indiens d'Amérique - son assemblage même est un phénomène typiquement américain. Le regroupement de ses instruments en un seul a été le fait de musiciens-tambours inconnus - les premiers batteurs - qui jouaient dans les bars, les fêtes foraines, les cirques, les salles de danse et les théâtres, au cours des années 1890."
Georges Paczinsky - "Une Histoire de la Batterie Jazz" page 52 (Editions Outre Mesure)
Aux Etats-Unis, à cette époque, les orchestres jouent avec 3 percussionnistes (un pour la Caisse Claire, l'autre à la Grosse Caisse et le dernier aux différents effets tels que Cymbales, Wood-Blocks,...) ou seulement 2 dans les fanfares
La
Batterie est née mais ne ressemble pas encore aux
modèles d'aujourd'hui. Les Peaux sont animales, la
Grosse Caisse est très haute avec pleins de petits
accessoires dessus (Cloches, Wood-Blocks, petite Cymbale
suspendue,...), il y a un seul Tom pré-accordé
appelé "Chinese Tom Tom" avec 2 peaux directement
"punaisées" sur le fût. A
cette époque, le rôle du batteur est de fournir
un soutien rythmique pour "fanfares jazzifiées". Le
style musical est très voisin de celui des marches
militaires, le batteur utilisant les rudiments du tambour
classique mais avec un phrasé différent,
directement inspiré des orchestres de parades
(léger swing, roulements "écrasés"
moins rigides, syncopes et accents ailleurs que sur le 1er
temps).

L'invention
du Pied de Caisse Claire et surtout de la Pédale
de Grosse Caisse (commercialisé en 1910 par
Ludwig, succès immédiat) permet d'assembler
les différents éléments.
L'avènement du Rag Time et le besoin de musiques
de danses dans les cafés, sur les "riverboats" et
ailleurs, contribuent au succès de cet assemblage.
Un seul batteur peut faire le boulot de 3.


Durant
cette période, les constructeurs de
matériel se développent et proposent des
améliorations technologiques dont les premiers
Toms accordables (qui n'ont aucun succès au
début), une table d'accessoires qui se fixe sur la
Grosse Caisse, les premiers Balais (au départ pour
jouer moins fort dans les endroits fermés) et
surtout l'ancêtre de la Pédale Charleston
actuelle (qu'on appelle "Low Boy" ou "Sock
Cymbal").
En ce temps là, la musique de Jazz est faite pour danser. Le batteur est cantonné dans la rôle de gardien du tempo et marque tous les temps à la Grosse Caisse (qui souvent remplaçe la basse). A noter qu'on n'utilise toujours pas de Cymbales "Ride" pour jouer le rythme.
A la
fin des anneés 20, le seul moyen pour un batteur
d'attirer l'attention est de profiter soit de l'introduction
d'un morceau, soit du point d'orgue final pour placer un
roulement époustouflant. Heureusement, ces
années voient l'émergence des premiers
batteurs virtuoses comme Baby Dodds (il est le
premier à jouer des solos de batterie, photo
ci-contre) puis Zutty Singleton (un
spécialiste de l'utilisation des
couleurs).

Les années 30 voient une augmentation de la "demande de musique" (de danse principalement). Les clubs se multiplient entrainant la prolifération d'orchestres dont beaucoup de "big bands". Face aux besoins des batteurs, les fabricants améliorent la qualité du matériel tout en affinant certaines inventions des années 20.
La Pédale Charleston devient véritablement opérationnelle, ce qui change la sonorité de l'instrument et surtout la manière d'accompagner la musique. De même, l'apparition des Pieds de Cymbales (dont certains montés sur la Grosse Caisse) annonçent l'avènement de la Cymbale Ride. Petit à petit, parallèlement au succès des big bands "Swing" et à l'apparition du jazz "Be Bop", le rythme d'accompagnement se transpose de la Grosse Caisse vers les Cymbales, permettant ainsi au batteur d'exprimer sa créativité sur les autres éléments de son instrument.
Les
Toms avec peaux accordables s'imposent définitivement
et les Toms Basses sur pieds (inventés par le
constructeur Slingerland) font une apparition
remarquée. Certains sont munis d'une pédale
pour modifier la tension de la peau. Le
succès de certains morceaux comme "Sing Sing Sing"
(orchestre de Benny Goodman - 1937) avec Gene Krupa
(photo) aux baguettes contribuent à faire
évoluer l'image du batteur qui devient un des membres
solistes de l'orchestre à part entière. Par la
même occasion, le set de Gene Krupa devient une sorte
de standard. Les fabricants commencent à proposer des
batteries complètes qui ressemblent vraiment à
ce qu'on trouve aujourd'hui (instaurant des normes pour le
diamètre des fûts encore en vigueur de nos
jours).

Plusieurs batteurs marquent cette période. Sydney
Catlet est l'un des premiers à amorcer un début de
transition vers la batterie moderne en alliant swing, technique et
solos spectaculaires (c'était un jongleur hors pair!). Vient
ensuite "Papa" Jo Jones qui "démilitarise" la batterie
au profit d'un jeu plus mélodique avec interaction avec le
soliste. On dit même qu'il est le premier à jouer le
"chabada" au Charleston et à utiliser la Cymbale Ride...
Difficile d'évoquer la période Be Bop sans mentionner
Kenny Clarke. En supprimant les 4 temps joués à
la Grosse Caisse et en introduisant la syncope, son style contribue
à faire évoluer le Jazz, de la musique de danse
à la musique de concert. Il est également un grand
virtuose des Balais.
L'apparition
du Rock'n'roll associée au développement des
médias (disques, TV...) et du "show business"
propulsent les instrumentistes sur le devant de la
scène. Le succès de groupes tels que les
Beatles (avec Ringo Star) popularisent encore plus
l'instrument auprès des jeunes
générations. Les fabricants en profitent pour
proposer toute une gamme de produits (de la batterie pour
débutant aux modèles haut de gamme) Le jeu de
plus en plus puissant des batteurs "rock" contribue à
l'amélioration de la fiabilité et
solidité du matériel. Pour
faire face à la demande de musiques
enregistrées, une nouvelle catégorie de
batteurs prolifèrent : Le batteur de studio. Les
années 60 voient l'apparition des premières
stars de la batterie rock dont Keith Moon (des Who)
et surtout John Bonham de (Led Zeppelin).

L'invention
majeure de cette période est l'invention des Peaux
de batterie synthétiques (commercialisées
pour la première fois en 57 par Remo), soulageant
ainsi toute une génération de batteurs du
dur labeur de l'accordage des peaux animales. Le
fabricant Rogers propose en 59 le premier système
d'attache de Toms vraiment articulé (fixé
sur la Grosse Caisse).

Même si
on peut encore écouter l'influence de la batterie jazz dans
les premiers groupes de rock (par exemple la musique d'Elvis à
ses débuts), progressivement chaque style de musique (rock,
rythm'n'blues, jazz,...) engendre une spécialisation du jeu
des batteurs. Bien qu'étant de moins en moins
médiatisé, le jazz révèle une nouvelle
catégorie de musiciens qui repoussent les limites de
l'instrument. A noter Buddy Rich ("showman" extraordinaire,
peut-être le plus grand technicien de la batterie), Elvin
Jones (dont le jeu puissant est un accompagnement interactif en
forme de solo perpétuel), Tony Williams (virtuose au
son imposant, son style et sa musique vont faire la jonction entre
les années 60 et 70).
Le développement du côté spectaculaire de certains groupes a pour conséquence d'augmenter le nombre de Cymbales et de Toms sur l'instrument. La double attache pour Toms sur la Grosse Caisse devient un standard de fait. Les autres systèmes d'attache et les pieds de Cymbales sont de plus en plus solides et massifs. A partir des années 80, les fabricants proposent différentes profondeurs de fûts. A noter l'invention du système Rims (qui permet de fixer les différents Toms sans faire de trous dans les fûts) et des Racks (qui supportent tout le système d'attaches).
Les années 70 voient l'émergence des fabricants japonais (Pearl, Tama, Yamaha,...) qui vont devenir des acteurs majeurs du marché, bousculant les marques américaines traditionnelles (Gretsch, Ludwig, Rogers,...) et les quelques européens qui s'accrochent (Sonor, Capelle,...).

L'invention
majeure de cette période est l'apparition des
premiers Toms Synthétiseurs (dont le fameux Synare
en 78), préfigurant l'émergence des
batteries électroniques, boites à rythmes,
sons numérisés et autres rythmes
"samplés" dans le monde de la batterie
actuelle.
De nombreux musiciens marquent le début de cette période, le style "Jazz Rock Fusion" révélant une nouvelle race de batteurs virtuoses annonçant les Vinnie Colaiuta, Dave Weckl et Dennis Chambers d'aujourd'hui. A noter Jack Dejohnette (musicien à part, improvisateur au jeu indépendant et sans contrainte), Billy Cobham (technicien hors pair au jeu imposant), Steve Gadd (dont le phrasé et le son unique mélangent les styles de la batterie jazz, studio et rythm'n'blues).
Quelques grands noms de l'histoire de la batterie qui auraient du être cités dans l'article: Chick Web, Max Roach, Philly Jo Jones, Art Blakey, Roy Haynes, Bernard Purdie, Harvey Mason, David Garibaldi, Steward Copeland,...
Sources principales: Modern Drummer (Janvier 96), Interview de Daniel Humair (France Musique), Méthode "New Orleans Jazz and Second Line Drumming"... Pour en savoir plus, lire "Une Histoire de la Batterie Jazz" Tome 1 & 2 (Georges Paczinsky - Editions Outre Mesure)...
Complément : Une présentation du phénomène "Vintages Drums" ("Batteries d'époque et de collection") grâce à une contribution d'Yves Magnier.
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